vendredi 25 novembre 2011

« Bruxelles n’assume pas son rôle de capitale européenne ! »

La relation qu'entretient les médias avec l'Union européenne n'a pas toujours été simple. Maroun Labaki, journaliste au quotidien Le Soir, connaît bien la thématique puisqu’il traite l'information européenne depuis 1982. Après une petite pause, il a repris ce sujet « crucial et passionnant » il y a six ans. « C’est un peu par hasard » que l’Europe est venue à lui : il n’a pas eu de formation spécifique, il a appris sur le tas. Aujourd'hui, il a apprivoisé les rouages de cette machine. Selon lui, Bruxelles n’assume pas son rôle européen : hormis certaines initiatives timides comme le Parlamentarium ou le musée de l’Europe, il n’y a pas beaucoup de signe d’intérêt face à ces institutions européennes. Entretien avec un homme bleu de l'Europe qui n'a pas la langue dans sa poche.
Maroun Labaki à la rédaction du Soir
©l'e-ris

Quelle relation entretien Bruxelles avec les institutions européennes ?
Nous sommes un centre de pouvoir mondial et nous l’ignorons. Bruxelles n’assume pas son rôle de capitale de l’Europe. Je reviens du sommet de Strasbourg, et là, on sent vraiment que la ville a un intérêt pour l’Europe. À chaque coin de rue, sur les trams, à l’aéroport, partout on peut voir que Strasbourg est fier d’accueillir un sommet. Tandis qu'ici, pas un drapeau, pas une décoration, rien ! On a même l’impression que c’est Strasbourg la capitale de l’Europe.

Chez nous, à Zaventem par exemple, il n’y a même pas une affiche « Bienvenue dans la capitale de l’Europe ». Ici tout le monde s’en fiche, c’est fou ! Je me rappelle qu'il y a quelques années, le plafond du parlement s’était effondré [Ndlr en 2008]. Plusieurs sessions avaient été annulées et quand les réparations ont été achevées, la ville était décorée pour l'occasion, il y avait des affiches partout « Welcome back », c’était presque la fête! Ici, la Région bruxelloise n’assume pas sa mission. On n’encourage pas vraiment les ponts entres les institutions et les Bruxellois. Et puis au niveau de la population, il n’y a pas réellement de fierté, pas de lien, pas d’intérêt pour l'Union européenne.  Les Bruxellois ne les connaissent pas. Ils voient les eurocrates comme des gens trop payés, qui ne font qu'augmenter les loyers et qui n’ont rien à apprendre d’eux. Tandis que les eurocrates vivent dans leur bulle, restent entre eux, sortent entre eux, ne parlent qu’en anglais, mettent leurs enfants dans les mêmes écoles, etc. Tout est fait pour qu’ils puissent vivre comme chez eux, en autarcie.

©l'e-ris

Comment expliquez-vous ce désintérêt des Bruxellois face à l’Europe ?
L’image de l’Europe est très morose, mais c’est un peu le cas de l’image de la politique en générale. Car le processus politique est lent et fastidieux et selon moi, il faut que ça le soit, c’est ce qui en fait un processus démocratique. Mais les gens ont du mal à comprendre qu’entre l’effet d’annonce d’une décision et son aboutissement, il peut se passer deux à trois ans. Les gens ont le temps de s'en détourner, en pensant que cela ne les concerne plus. Pourtant, 70% à 80% de ce que l’on fait quotidiennement est régie par des règles européennes. 
On ne les voit pas assez dans les médias, et encore moins dans les médias francophones que dans les médias néerlandophones ! C’est un problème. C’est pourtant tellement important ! Les décisions prises dans le cadre des institutions européennes ont un tel enjeu qu’elles sont également cruciales pour les Bruxellois. Je suis d’accord que l’on peut se demander qu’elle est la dimension régionale de l’Union européenne. D’accord la pêche du thon, on s’en fiche! Mais ce n’est pas que ça ! Quand on pense un instant aux dizaines de milliers de personnes à Bruxelles qui sont ici uniquement par la présence des institutions, c’est une erreur de faire un trait dessus. Je ne suis pas d’accord quand j’entends les arguments de certains médias bruxellois, "c’est compliqué", "le jargon est incompréhensible", ce n’est pas vrai! C’est évident qu’il faut appréhender cette énorme machine, cela prend du temps, mais dès qu’on a compris, le sujet devient accessible.
Néanmoins, pour avoir suivi des conférences de presse à la commission, on ne peut pas nier que les portes-paroles recourent tous à la langue de bois, ils sont loin d'une communication "accessible" et "transparente"…
Oui, mais là on parle des communications officielles qui sont comme tout discours politique, codées et balisées. On ne peut pas s’attendre à ce que des représentants officiels disent les choses telles qu’elles sont, ce n’est pas leur rôle. Mais à côté de ces canaux officiels il y d’autres moyens de se renseigner, des infos, disons « off ». C’est la règle comme partout ailleurs !
©l'e-ris
Et puis c’est la ligne rouge que les médias ne doivent pas franchir, dire « ok ça n’intéresse pas les lecteurs alors on n’en parle pas », ce n’est pas le rôle d'un média démocratique qui est riche d'information, qui nous remets en question et qui incite au débat !  La relation entre Bruxelles et l’Union européenne constitue un réel problème de cohabitation et c’est un sujet pour les médias locaux. À la rédaction du journal Le Soir, on essaie de découvrir les institutions politique, les décisions économiques, sociales, … C’est ce que je fais à plein temps. Mais à côté, on a essayé d’en parler dans le supplément « BXL XL ». Hélas, il a maintenant été arrêté,  mais autre chose sera probablement bientôt mis en place. Depuis toujours, je suis sûr qu’il y a quelque chose à faire...

 Eve Peeters

Pour en savoir plus sur les médias bruxellois face à l'Europe

1 commentaire:

  1. Moi-même lorsqu'un étranger m'a demandé une fois quelle station il fallait atteindre pour aller voir les institutions européennes, je ne savais plus lui répondre lol j'ai honte (Schuman en fait)

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