dimanche 27 novembre 2011

Ces stagiaires qui jouent aux eurocrates

Certains stagiaires d'aujourd'hui seront l'élite européenne de demain. La tête haute et leurs diplômes sous le bras, ils graviront doucement les échelons du podium où se trouvent actuellement les grands décideurs de l'Union européenne. Ils défendront de manière coriace les intérêts qu'ils croient prioritaires pour leurs peuples, parce que ça, ils connaissent bien! Ils savent, par exemple, que les Bruxellois s'inquiètent tous les jours pour la couleur des étiquettes de leurs produits ou pour la consommation électrique des ampoules. Pour la quantité de sucre dans leurs céréales ou l'élevage des poules. Surtout en cette période de crises...

Pendant cinq mois, des centaines de jeunes viennent à Bruxelles suivre un stage qui s'apparente plus à un programme Erasmus rémunéré. Pour ces stagiaires, ces cinq mois s'écoulent entre la paperasserie de leurs DG (Directions Générales), les city trips à l'étranger et le cliquetis des bouteilles dans les mêmes bars qu'ils fréquentent avec les mêmes gens... les mêmes jours de la semaine. 
 
C'est que, ces jeunes stagiaires - comme d'ailleurs la plupart de fonctionnaires européens - sont confinés dans une sorte de monde parallèle. Beaucoup habitent dans les communes aisées du Sud-Est et de la périphérie bruxelloise, où ils ont été orientés par les guides publiés spécialement pour eux. Des guides, qui préfèrent parfois omettre l'existence de quartiers « peu fréquentables » pour cette petite élite. Sous la houlette du Comité des stagiaires, ils assistent à des activités sportives et culturelles organisées par différents clubs, parfois en fonction de leur langue et de leur nationalité. Et il faut l'admettre, le Comité réussit plutôt bien sa mission d'intégration des stagiaires à Bruxelles, mais non sans effacer les Bruxellois du paysage.


(c)stage-alternance.com

Bref, ces « apprentis-fonctionnaires » se trouvent enfermés dans une sorte de bulle de savon, qui leur permet de voir le monde extérieur sans le toucher. De partager la ville avec « les autres » sans vraiment cohabiter. Leur univers se développe dans un dualisme omniprésent : les stagiaires et les non-stagiaires. Selon Julie Cailliez, doctorante en sociologie à l'ULB, « ils cherchent seulement les endroits les renvoyant à leur identité de groupe », de sorte que, lorsqu'un Bruxellois les approche, ils l'observent avec curiosité comme s'ils étaient face à un spécimen rare.
Mais il ne faut pas non plus sombrer dans un manichéisme primaire, où le « méchant » stagiaire refuse de s'intégrer au tissu social de Bruxelles, alors que le « gentil » Bruxellois l'attend les bras ouverts. Lors d'un débat sur l'impact de l'Europe à Bruxelles, Willy Hénin, président de la Représentation de la Commission Européenne en Belgique affirmait d'ailleurs : « Les Bruxellois n'aiment pas le « voisinage » venu d'ailleurs. Moi même, je suis bruxellois, je sais qu'il faut du boulot avant de gagner leur confiance ! ». Julie Cailliez, elle, nuance : « Les stagiaires n'ont rien à partager avec le Bruxellois typique car ils appartiennent à un réseau international et cosmopolite ».
Le problème est que ce repli sur soi demeure lorsque nos « apprentis » deviennent des fonctionnaires. Dans l'avenir, comment pourront-ils prendre des décisions pertinentes s'ils ignorent la réalité sur le terrain? Une réalité qu'ils semblent, hélas, vouloir ignorer ? Il faudrait peut-être que les stagiaires européens commencent par ajouter les Bruxellois dans leur carnet d'adresses.


Alejandra Mejía Cardona









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