On ne peut pas faire comme si ça n'existait pas. La présence des institutions européennes amène un grand nombre de manifestations et autres mobilisations dans notre capitale. Un travail supplémentaire en matière de sécurité et de service à la population pour nos hommes et femmes de loi. Le commissaire divisionnaire, Luc Ysebaert, assure la sécurité et l’ordre public, ici, à Bruxelles. Il garantit donc, avec ses équipes, jours après jours, le suivi et l'encadrement de nombreuses manifestations notamment européennes. Mais ce n'est pas tout. C'est aussi lui qui s'occupe des sommets dans les quartiers européens. Un travail de longue haleine qui demande précision et organisation malgré le défaut d'information. Durée, manifestation, timing exact, rien ne peut être prévu avec exactitude. Entretien avec un spécialiste de la question.
Lors d'un sommet européen, combien de policiers sont mobilisés ?
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Et les policiers qui sont mobilisés sont des spécialistes ou des policiers « standards » ?
Luc Ysebaert : Il y a les deux types. En fonction des missions à assurer, soit ce sont des policiers spécialisés, soit des policiers standards qui, le reste de l'année, s'occupent d'autres services et d'autres missions.
Vous parlez de missions pour vos policiers. Mais quelles sont-elles exactement ?
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La deuxième mission consiste à escorter le chefs d'état d'un point A à un point B. Ce sont évidemment des policiers plus spécialisés, motards notamment qui s'en occupent. Enfin, les équipes d'intervention ne sont déployées que lorsqu'il y a un risque lié au sommet comme de grandes manifestations.
Vous parlez d'escorte des chefs d'état mais qu'en est-il de leur protection rapprochée ? Qui s'en occupe ?
Luc Ysebaert : Le volet de protection des chefs d'Etat est un volet fort sensible. Mais ce que vous pouvez savoir c'est que leur protection peut être prise en charge par nous, par le pays d'où provient le chef d'Etat ou par les deux en même temps.
Quel est le budget alloué à une telle mobilisation policière ?
Luc Ysebaert :Le salaire d'un policier qui travaille lors d'un sommet européen est de cinquante euros par heure. Faites le calcul en fonction du nombre de policiers mobilisés ce jour-là ! Ca peut donc aller, pour une journée de huit heure de travail, de 120.000 à 800.000 euros juste pour le salaire. Bien entendu, ça varie, vous vous en doutez en fonction aussi du nombre de jours de mobilisation. Ce qui est le plus dur pour nous c'est de prévoir un budget fixe parce que, bien entendu, si le sommet est à haut risque, les primes sont encore différentes. On ne peut pas savoir si ce sommet sera à haut risque ou s'il sera susceptible de créer des manifestations supplémentaires et spontanées qu'il ne faut pas oublier dans nos comptes. Ce qu'on connait d'avance ce sont les dates des sommets mais on connait très peu tout ce qui s'y rapporte. On ne peut anticiper les budgets des mois à l'avance.
Quelles sont les grandes différences significatives entre les euro-manifestations et les manifestations qui ne sont pas liées aux institutions ?
Luc Ysebaert : Il n'y a pas de grandes différences entre les deux. C'est certain que la présence des institutions augmentent significativement le nombre de manifestations dans la capitale. On est confronté à 700 manifestations par an dont 150 qui sont uniquement liées à la présence des institutions. Parmi elles, il y a de nombreuses manifestations spontanées qui regroupent généralement de petits groupes, ce qui est plus facile à gérer mais qui demande tout de même du travail.
Quelles sont les plus grosses difficultés que vous rencontrez ?
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| Les situations ne sont pas toujours faciles Copyright commons.wikimedia.org |
Au niveau du volet « manifestation », ce qui est parfois difficile c'est la négociation. Il faut savoir que dans un certain nombre de cas, qu'il s'agisse de manifestations standards ou d'euro-manifestations, nous devons négocier avec les organisateurs sur le lieu choisi, le nombre de personnes prévues, etc. Nous nous devons de garantir un équilibre entre le droit de chacun de manifester et la sécurité. C'est primordial. Maintenant, le bourgmestre de Bruxelles est très tolérant vis à vis des manifestations. Il n'interdit que très rarement ce genre de rassemblement.
Et les habitants des quartiers européens, comment réagissent-ils à ces sommets à répétition ?
Luc Ysebaert : C'est vrai qu'à la base, il devait y avoir seulement quatre sommets par an. Ils se sont vite transformés en six par an plus quelques extras donc on ne peut pas nier qu'il y a un impact véritable sur les habitants. Le principal impact concerne l'accès à leur habitation. En période de sommet, il leur faut évidemment une autorisation. Pareil pour leurs visiteurs. On essaye de réduire un maximum cet impact, on leur donne les accréditations en temps utiles. Auparavant, il y avait beaucoup plus de plaintes dues au périmètre de sécurité. Depuis, on a réduit ce périmètre et on évite de trop l'étendre sans raison valable ni par confort de travail. Mais il y a toujours une part d'adaptation et c'est ce que font les gens.
Et si je décide d'organiser une manifestation politique passive devant le Berlaymont, quelle est la démarche à suivre ?
Luc Ysebaert : C'est une démarche assez simple et similaire quelque soit le type de manifestation ou le lieu. Vous devez faire une demande écrite au bourgmestre dans laquelle vous spécifiez le nom et prénom de la personne responsable, un numéro où la joindre, le nombre de participants prévus, le lieu et la raison/ la cause que vous voulez défendre. Vous devez également respecter un délai précis : la demande doit être faite au maximum dix jours avant l'événement. Sans quoi la demande ne sera pas reçue.
Pour l'instant c'est la seule manière de procéder. On envisage de mettre en ligne un formulaire pré-établi mais ce n'est pas encore d'actualité. Ensuite, si les éléments référencés ne posent pas de problème, vous recevrez l'autorisation sans soucis. Par contre, si un des éléments n'est pas accepté - votre lieu par exemple parce que ce jour là au Berlaymont, il y a un réunion importante – il faudra entrer en négociation avec nous (ndlr : la police) pour modifier ce fameux élément. Une fois l'autorisation en poche, je vous conseille de la garder sur vous parce que même si tous les policiers de Bruxelles sont au courant des différentes manifestations qui ont lieu le jour de la vôtre, c'est toujours mieux d'avoir ce document.
Sophie Notte

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