Bruxelles capitale de l’Europe, mais également capitale européenne du lobbying. Ces représentants d’intérêt sont partout, environ 15.000 lobbyistes contre 25.000 fonctionnaires européens qui sillonnent la métropole. Mais finalement qui sont-ils, que viennent-ils faire à Bruxelles et surtout ont-ils une influence sur notre vie bruxelloise ? Il fut bien difficile de rentrer dans ce monde, pourtant si bien ancré dans la capitale. Décrire le lobbying bruxellois n’est pas de tout repos. Toutes les activités se chevauchent et s’entrecroisent pour in fine influencer les décisions européennes et… pas tellement la vie bruxelloise.
Il a été assez difficile de contacter les lobbyistes à Bruxelles, leur horaire est souvent surchargé, ils sont débordés et n’ont que rarement une seconde à nous accorder. Et lorsqu’ils répondent, s’ensuivent des rendez-vous téléphoniques qui n’aboutiront hélas qu’une fois sur deux. Nous avons tout de même réussi à en contacter deux, dont un souhaitant garder l’anonymat. D’un côté, les lobbyistes mettent en avant leur rôle crucial dans les démocraties, mais de l’autre, ils ne semblent pas prompts à la discussion. Comme le résume bien Maroun Labaki, journaliste à l’Europe au journal Le Soir : « C’est un peu flou tout ça ».
Pour tenter de débroussailler cette question, Gérard Legris, chef d’unité du service de transparence des lobbys au Parlement, nous a éclairé sur leur rôle. Ce fonctionnaire européen de 58 ans ne considère pas qu’il y ait de définition officielle : « Chez nous, les lobbys sont des groupes de citoyens ou des acteurs sociaux qui ont des intérêts à faire connaître aux décideurs politiques pour essayer d'influencer leurs décisions ». L’unité dans laquelle Monsieur Legris travaille veille à rendre transparentes toutes les actions des lobbies. En déclarant leur adhésion à un code d'éthique, les lobbys peuvent entrer dans le registre de transparence. Aujourd’hui, 2.464 entités sont enregistrées dans le registre de transparence du Parlement sur environ 4.500 groupes d’intérêts acteurs de l’Union européenne. Il y a encore du travail mais c’est un début.
Mal perçu et mal connu
« Bien souvent, les gens ont une image réductrice de notre métier. » déplore Daniel Guégen, lobbyste depuis 35 ans. Nous sommes le " contre pouvoir " des décideurs politiques européens, c’est essentiel dans une société civile. C’est un métier de haut niveau », affirme-t-il, un métier compliqué qui nécessite un travail très juridique ». Un travail utile selon Maroun Labaki, qui ne travaille pas avec les lobbyistes, même si parfois ils tentent de le contacter. Ce journaliste ne considère pas le lobbying comme une chose grave et ne voit pas vraiment où est le problème : « Tout le monde fait du lobby, chaque pays fait du lobbying pour ses intérêts, ses entreprises… Finalement le Conseil de l’Europe, ce n’est que ça ! Et ce n’est pas si grave, ça fait partie de la règle du jeu. C’est la logique des choses ! ». En cas d’abus, il existe un mécanisme de plainte a déposer à l’unité de transparence. « Normalement les lobbies respectent les règles de transparence, mais c'est déjà arrivé que des lobbies soient sanctionnés », explique le chef d’unité. Des dérapages sont possible, mais de quel type ? « Il y a deux problèmes majeurs », affirme Maroun Labaki journaliste européen depuis 1982. Tout d’abord la plupart des assistants des parlementaires, commissaires sont submergés par le côté administratif de leur métier. Et souvent les industries, les entreprises proposent du personnel afin de suppléer ces assistants. Une aide qui sera gracieusement offerte par ladite entreprise. La plupart des fonctionnaires européens acceptent bien souvent ». Un autre problème est la rédaction de textes de loi émanant en ligne directe des industries. Ces textes sont bien souvent repris mot à mot par les eurodéputés. « Je suis d’accord pour dire qu’il y a certaines choses louches qui se sont déjà passées, ce qui n’est pas normal. Mais ici, à Bruxelles, c’est moins fréquent », nuance Maroun Labaki. Ce sont plutôt des rumeurs. Quant à l’étendue de ces supposées fraudes, je ne pense pas qu’elle soit grande ». Selon lui le processus est certes chaotique, mais au final « ça ressemble à quelque chose, des textes sont votés, des décisions sont prises », conclut-il.
Qui dit pouvoir, dit lobbying
Le nombre de lobbys à Bruxelles a proportionnellement augmenté avec le nombre de pays membres de l’Union européenne et du pouvoir de décisions des institutions qui ne cesse de grandir. Néanmoins, les lobbys qui gravitent autour des institutions européennes n’ont pas d’influence directe sur la vie Bruxelloise. « Ils vivent dans leur bulle, et n’ont aucune connexion avec notre quotidien. C’est réellement un monde à part, explique M. Labaki. « Avoir un impact sur Bruxelles ? Cela ne nous intéresse en aucun cas ! Les affaires de la région bruxelloise, ce ne sont pas nos affaires ! », scande le lobbyiste Daniel Guégen. Cet homme vient de l’industrie sucrière et agricole, avant de s’être lancé, il y a 35 ans, dans le lobbying. Il a même fondé la première école européenne de lobbyistes dont un des pôles se situe à Bruxelles. « Notre présence rend probablement Bruxelles plus internationale », nuance Daniel Guégen. « Indiscutablement la capitale est devenue une ville avec plus de pouvoir, mais cela est dû aux institutions avant de s’expliquer par la présence des lobbys », concède-t-il avant d’ajouter : « J’habite à Uccle et cela se passe très bien, mais je ne m’occupe pas de ce qui s’y passe, je ne me mêle pas de la politique communale », explique ce Français satisfait de sa vie bruxelloise.
Un autre lobbyiste va dans le même sens, « nous n’influons pas sur les décisions de la région bruxelloise ». Néanmoins ce défenseur d’intérêt, qui souhaite garder son anonymat, est persuadé qu’indirectement leur présence à Bruxelles a modifié la ville ; « Nous venons avec nos femmes, nos enfants, nous participons à la vie bruxelloise, d’une certaine manière nous remodelons la ville. Sans nous, Bruxelles serait Namur ou bien Liège… ».
Une chose est sûre, le pouvoir des institutions européennes attire en masse les défenseurs d’intérêt, modifiant indirectement Bruxelles en marquant l'économie régionale bruxelloise. Mais quant à l’influence des lobbys sur la région Bruxelloise, sa vie et sa politique interne, nous ne figurons pas apparement dans leur priorité du moment.
Eve Peeters
Pour en savoir plus: les lobbyistes à Bruxelles, enquête dans le journal parlé d’une chaîne française.
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